Accueil Biochar au Népal : restaurer des sols dégradés

Biochar au Népal : restaurer des sols dégradés

Women working in flooded terraced rice fields on a steep Nepali hillside, the sloped, erosion-prone farmland the Biochar in Nepal project aims to restore

Restaurer les sols du Népal : un projet ancré dans une urgence bien documentée

Nous préparons un projet Biochar au Népal pour la restauration des sols, visant à améliorer la rétention d'eau et les rendements agricoles. Il est important de comprendre que le Népal fait face à de nombreux défis liés à son relief, à son climat et aux effets du changement climatique. Ce projet ne répond pas à une intuition isolée : il s'inscrit dans un contexte de dégradation des sols largement documenté par la recherche scientifique et les institutions internationales.

Un pays où la dégradation des sols menace directement les moyens de subsistance

Le Népal est un pays où plus de 90 % de la population dépend directement des ressources foncières pour se nourrir, se chauffer et se loger. Pourtant, ce socle est sous pression : selon le ministère népalais de l'Environnement, des Sciences et de la Technologie, plus de 28 % du territoire national est aujourd'hui dans un état dégradé (Government of Nepal, MoEST, 2008). Une autre étude de référence avance le chiffre de 3,16 millions d'hectares, soit 11,81 % de la surface totale du pays, touchés par des processus de dégradation, affectant environ 38 % des forêts, 37 % des pâturages et 10 % des terres agricoles (Chalise, Kumar & Kristiansen, Soil Systems, 2019).

Ces chiffres se traduisent par une perte de sol considérable. Le taux d'érosion national moyen est estimé à 25 tonnes par hectare et par an, soit une perte annuelle totale d'environ 369 millions de tonnes de sol (Koirala, Thakuri, Joshi & Chauhan, Geosciences, 2019).

Une étude récente de 2025, portant spécifiquement sur l'est du Népal et basée sur la modélisation RUSLE et la télédétection, confirme cette tendance : près de 3 % de la zone étudiée se classe déjà dans la catégorie d'érosion "sévère à extrême" (plus de 80 tonnes/ha/an), et les zones himalayennes perdent jusqu'à 26 tonnes de sol par hectare chaque année, bien plus que les régions de collines ou du Teraï (Adhikari & Parajuli, Journal of Sedimentary Environments, 2025). Une autre étude de terrain menée en 2023 dans les bassins versants himalayens d'Aadhikhola et de Tinahukhola a mesuré des pertes similaires, entre 24 et 41 tonnes/ha/an, confirmant que ce sont précisément les terres agricoles en pente les plus intensément cultivées qui s'érodent le plus rapidement (Joshi et al., Heliyon, 2023).

Cette érosion n'est pas un phénomène abstrait : chaque année, elle prive les agriculteurs népalais d'une partie de la couche arable fertile dont dépendent leurs récoltes, dans un pays où le relief accidenté, des plaines du Teraï aux sommets himalayens, laisse peu de place à l'erreur.

Un relief et un climat qui aggravent structurellement le problème

La géographie du Népal explique en grande partie cette vulnérabilité. Le pays combine des pentes abruptes, une saison de mousson intense et concentrée, et une agriculture pratiquée sur des terrasses souvent anciennes mais fragiles. Ces conditions favorisent un ruissellement rapide de l'eau, qui n'a pas le temps de s'infiltrer dans le sol avant d'entraîner les particules fertiles vers les vallées.

Le changement climatique amplifie cette dynamique. Le Népal figure parmi les pays les plus vulnérables au monde selon l'indice ND-GAIN de l'University of Notre Dame, se classant 122ᵉ sur 183 pays en 2026 (ND-GAIN Country Index). Selon les projections de la Banque asiatique de développement, le Népal pourrait perdre jusqu'à 2,2 % de son PIB annuel d'ici 2050 à cause du changement climatique (Asian Development Bank, Climate Risk Country Profile: Nepal), un chiffre particulièrement préoccupant étant donné que l'agriculture représente encore près de 22 % du PIB national et emploie plus de 61 % de la population active (The Global Economy, World Bank data). L'indice de risque climatique, qui mesure l'impact concret des catastrophes liées au climat, classait le Népal parmi les dix pays les plus touchés au monde il y a encore quelques années ; bien qu'il se classe désormais 69ᵉ dans l'édition 2025, cette amélioration relative masque une vulnérabilité persistante aux inondations, glissements de terrain et sécheresses (Germanwatch, Climate Risk Index 2025, as reported by Online Khabar).

La rétention d'eau : un maillon décisif de la chaîne

Améliorer la rétention d'eau dans le sol n'est donc pas un objectif secondaire : c'est une réponse directe à la principale cause identifiée de la dégradation des terres au Népal. Une étude récente de télédétection (utilisant les données MODIS NDVI combinées à Google Earth Engine) estime qu'environ 60 % des terres agricoles du Népal reçoivent une irrigation au moins une partie de l'année, mais une part bien plus faible bénéficie d'une irrigation toute l'année, laissant les récoltes dépendantes des caprices de la mousson (ScienceDirect, 2024). Le gouvernement népalais, à travers sa stratégie de développement agricole 2015-2035, s'est d'ailleurs fixé pour objectif d'atteindre 60 % de couverture d'irrigation d'ici 2025 et 80 % d'ici 2030, un objectif qui souligne à quel point la gestion de l'eau est déjà reconnue comme une priorité nationale (Kathmandu Post, 2023).

Améliorer la capacité du sol à retenir l'eau réduit à la fois le ruissellement responsable de l'érosion et sécurise les rendements agricoles face à des précipitations de plus en plus erratiques.

Biochar au Népal : une solution qui s'appuie sur des pratiques existantes

Ce projet ne part pas de zéro. Une étude spécifiquement consacrée à l'utilisation du biochar dans les terres agricoles de montagne du Népal montre que cette solution est déjà connue localement : les agriculteurs de montagne produisent traditionnellement du biochar à partir de biomasse résiduelle sous-utilisée, via un système local appelé « bukma », notamment pour des cultures comme le millet et la pomme de terre. Les résultats documentés concordent avec la littérature scientifique internationale sur le sujet : le biochar réduit la densité apparente du sol, améliore la rétention des nutriments et augmente la capacité de rétention d'eau, un triple bénéfice qui répond directement aux trois enjeux soulevés en introduction : restauration des sols, rétention d'eau, et amélioration des cultures.

Le défi du projet consiste donc moins à importer une technologie extérieure qu'à structurer, professionnaliser et faire passer à plus grande échelle une pratique agricole déjà enracinée localement, en utilisant des méthodes de production modernes (comme des gazéificateurs à petite échelle) pour en démultiplier l'impact.

Conclusion

Les difficultés auxquelles le Népal fait face — relief accidenté, régime de mousson extrême, exposition croissante au changement climatique, ne sont pas de simples obstacles passagers : elles sont documentées, mesurées, et vouées à s'aggraver si rien n'est fait. Dans ce contexte, un projet Biochar au Népal construit autour de la restauration des sols et de l'amélioration de la rétention d'eau n'est pas un pari, mais une réponse cohérente avec les recommandations mêmes de la littérature scientifique locale, qui appelle explicitement à des pratiques de gestion durable des terres, à la reforestation, et à des techniques de conservation adaptées aux terrains en pente.

Si vous souhaitez plus d'informations sur ce projet, ou discuter d'un autre, n'hésitez pas à n'hésitez pas à me contacter.